21.03.2017, 00:01  

L’UDC prête à s’affranchir

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L’UDC prête à s’affranchir
Par laurent savary

AVENIR - Le parti a perdu son leader charismatique. Va-t-il réussir à survivre sans Oskar Freysinger.

Son éviction du Conseil d’Etat n’a pas changé le quotidien d’Oskar Freysinger. Il a tenu hier matin, comme d’habitude, une séance avec ses chefs de service. Pourtant, son attitude a changé. Lui d’ordinaire si prompt à s’exprimer dans les médias, a choisi de ne pas donner suite aux nombreuses sollicitations. Ce qui est certain, c’est qu’il touchera, dès le 1er mai, une rente d’ancien conseiller d’Etat qui, dans son cas, s’élève à 80 000 francs par an....

Son éviction du Conseil d’Etat n’a pas changé le quotidien d’Oskar Freysinger. Il a tenu hier matin, comme d’habitude, une séance avec ses chefs de service. Pourtant, son attitude a changé. Lui d’ordinaire si prompt à s’exprimer dans les médias, a choisi de ne pas donner suite aux nombreuses sollicitations. Ce qui est certain, c’est qu’il touchera, dès le 1er mai, une rente d’ancien conseiller d’Etat qui, dans son cas, s’élève à 80 000 francs par an. Impossible, par contre, de savoir s’il va la reverser aux Valaisans dans le besoin comme le demandent les jeunes socialistes du Valais romand qui exigent «qu’il aille au bout de ses principes» en réponse à l’affiche de «Maria», qui a défrayé la chronique durant la campagne.

Avec l’éviction d’Oskar Freysinger du Conseil d’Etat, c’est un peu l’image du père de l’UDC valaisanne qui pourrait disparaître. A 18 ans, le parti cantonal entre dans sa phase adulte. Mais pourra-t-il voler de ses propres ailes, loin de l’ombre protectrice du fondateur? Tous les responsables du parti répondent par l’affirmative.

«Cela ne va rien changer»

Depuis sa création, l’UDC et Oskar Freysinger ne faisaient souvent qu’un. Que ce soit en Valais ou en Suisse, le Saviésan était assimilé au parti et vice versa. «Il n’était pas seul à avoir créé le parti et à le faire vivre, assure le conseiller national Jean-Luc Addor. Mais c’est vrai qu’il jouait le rôle de leader charismatique.» Pour Cyrille Fauchère, un des coprésidents de l’UDC du Valais romand, «il y a 46 députés et suppléants, des conseillers communaux, une organisation qui est en place. On ne va rien changer.»

Pour l’autre coprésident de l’UDC, Jérôme Desmeules, Oskar Freysinger n’était plus autant impliqué dans l’organisation du parti que certains voulaient bien le croire. «Depuis six ans, une équipe est en place et gère le parti.» Et le nouveau député de citer un exemple. «Nous le consultions rarement et il ne savait même pas lorsque nous diffusions un communiqué.»

Une remise en question

Après une montée fulgurante, le parti a vu sa courbe de progression s’aplanir. Alors, l’échec du leader du parti n’arrive-t-il pas au plus mauvais moment? «Je crois qu’avant de se poser ces questions, il faut analyser les erreurs que nous avons faites pour le Conseil d’Etat et se remettre en question, assure Charles Clerc, ancien chef de groupe au Grand Conseil. Il faudra éviter de les reproduire.» Son successeur à ce poste, Grégory Logean, insiste sur la dissociation entre les élections. «Le 5mars, nous sommes le seul parti, avec les Verts, à avoir gagné des sièges au Grand Conseil.»

Pour tous les cadres de l’UDC, le parti n’a pas, ou plus, besoin d’une figure emblématique pour continuer sa progression. «Blocher n’est plus aussi présent au sein du parti suisse, mais il y a de nombreuses personnes qui se sont affirmées. On peut faire cette comparaison avec l’UDC en Valais», note Franz Ruppen, conseiller national haut-valaisan. Par contre, Oskar Freysinger était le pont entre les deux sections du canton, qui sont totalement autonomes. Une liaison que Jérôme Desmeules et Franz Ruppen promettent d’intensifier au Grand Conseil ou pour défendre des votations populaires.

«Il n’y a pas besoin d’une autre figure qui prenne la tête du parti.» Cyrille Fauchère est catégorique et les autres cadres des deux partis du canton partagent son avis. Comme si l’ombre d’Oskar Freysinger prenait, jusqu’ici, trop de place pour permettre à ses disciples de prendre véritablement leur envol. laurent savary

A contre-courant

Dans le Valais romand, Oskar Freysinger a terminé 7e de l’élection de dimanche. Mais à Val-d’Illiez et à Port-Valais, il termine 1er. Ce qui ne surprend pas l’ancien président du coin et ancien ministre PLR Claude Roch. «S’il a fait un tabac, c’est qu’il est très populaire ici contrairement aux autres candidats.» Et un restaurateur de rappeler sa présence régulière au camping. «Il y séjourne de nombreux étés.»

La popularité n’explique pas tout. Il bénéficie aussi de l’évolution de la politique locale. «La disparition de la formation Groupement 2000 et l’entrée d’un élu UDC à la municipalité a pesé», explique Pierre-François Ferrin, retraité. «Et la récente votation communale sur le plan de zones local contre lequel s’est battu l’UDC et la problématique de la LAT ont peut-être joué un rôle», estime Claude Roch. Le nouvel élu communal Philippe Albisser y ajoute la bonne campagne de son parti sur le plan local.

A Port-Valais, le dossier de la circulation empoisonne la vie et s’est certainement invité dans la campagne. «La déviation routière de Port-Valais avance trop lentement. Certains estiment que nous sommes les parents pauvres du canton», argumente Pierre-François Ferrin. Un ras-le-bol confirmé par la grande majorité des personnes interrogées hier matin et qui vise généralement le PDC, chargé du service des transports. «Plus que les frontaliers eux-mêmes, c’est la gestion du problème par les autorités cantonales qui est pointée du doigt. La situation est si intenable que de nouveaux arrivants dans la commune résilient leur bail de location au bout de quelques mois pour repartir», affirme Philippe Albisser. Président de la commune, Pierre Zoppelletto rappelle, lui, que le chantier du contournement des Evouettes a enfin démarré et devrait être achevé à l’horizon 2020. «Et le projet de contournement du Bouveret devrait être mis à l’enquête cette année.» Néanmoins, Claude Roch est catégorique. «Il est indéniable que de nombreux jeunes ont développé un vote anti-étrangers, avec le problème des frontaliers et de la circulation.» gilles berreau

 

«On peut douter aujourd’hui des chances de l’UDC valaisanne»

Oscar Mazzoleni est professeur de sciences politiques à l’Université de Lausanne. Spécialisé dans l’étude des populismes et des nationalismes, il analyse la non-réélection d’Oskar Freysinger, première dans l’histoire contemporaine du Valais pour un ministre sortant briguant un nouveau mandat. Interview.

Il y a trois dimensions à prendre en considération pour l’expliquer. La première est la difficulté de gérer la tension – pour ne pas aboutir à la rupture – entre l’homme partisan et le conseiller d’Etat en exercice. La seconde tient au fait que la nouvelle UDC arrivée au pouvoir en Valais a beaucoup misé sur la dimension médiatique de la campagne. Mais les médias n’ont d’influence que jusqu’à un certain point. Or, l’enracinement local traditionnel est tout aussi important. Il implique d’aller au contact de la population, d’organiser des rencontres et de serrer des mains dans les différentes localités. La troisième raison est liée à l’attaque frontale de l’UDC contre le PDC, qui a poussé la formation historique et dominante à tirer parti de toute sa force de mobilisation.

Cela dépendra de la stratégie du parti. Veut-il conserver son identité sur la forme et sur le fond dans une logique d’opposition? Veut-il davantage se positionner dans une perspective de coalition autour du centre droit et ainsi présenter dans le futur des candidats à même de siéger collégialement au sein du gouvernement? Reste que, sans Oskar Freysinger, on peut douter aujourd’hui des chances futures de l’UDC valaisanne. Mais les jeux sont loin d’être faits et tout dépendra des décisions du meneur. Sur le plan cantonal, Freysinger pourrait jouer un rôle similaire à celui de Blocher au niveau fédéral, c’est-à-dire continuer à agir comme éminence grise et courroie de transmission entre le parti cantonal et ses instances nationales.

Ces difficultés sont complexes à expliquer. Mais l’UDC suisse a effectivement un problème romand grandissant de leadership en raison d’échecs ou de dissensions internes. Démission d’Yvan Perrin du gouvernement neuchâtelois, exclusion par la section vaudoise de Claude-Alain Voiblet, vice-président de l’UDC suisse, non-réélection en Valais d’Oskar Freysinger, autre vice-président de l’UDC suisse. Je pense, en revanche, que la contestation des élites et l’appel au peuple ne vont pas cesser en raison des conditions politiques, économiques et sociales actuelles. Les prochaines votations liées à nos relations avec l’Europe seront, à ce titre, révélatrices.

Le populisme n’est pas uniquement suisse et se nourrit d’une vague internationale puissante. Pourtant, cette fois, une majorité d’électeurs valaisans a peut-être voulu dire stop. C’est à cela qu’il faut réfléchir. Il ne va pas de soi qu’un style agressif amène le succès politique même si la polarisation est dans l’ère du temps. Les résultats ne sont pas forcément et toujours positifs pour ceux qui choisissent une stratégie conflictuelle et anti-establishment.


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