11.08.2017, 19:45  

L'insaisissable phénomène Kilian Jornet de retour à Sierre - Zinal

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Kilian Jornet réussira-t-il la passe de cinq pour marquer l'histoire?

 11.08.2017, 18:33   L'insaisissable phénomène Kilian Jornet de retour à Sierre - Zinal

Sierre - Zinal Kilian Jornet est-il en route vers un cinquième titre ce dimanche à Sierre - Zinal? S'il y parvient, il égalera le record de victoires de Ricardo Mejia. Mais la seule présence sur la course des cinq 4000 de celui qui a vaincu deux fois l'Everest ce printemps constitue déjà un événement.

Insaisissable, Kilian Jornet l’est assurément. Dimanche, le prodige catalan tentera de cueillir un cinquième succès sur la mythique course de Sierre-Zinal et d’égaler ainsi le record du Mexicain Ricardo Mejia. Rien ne sera simple. «C’est toujours difficile de gagner ici. Mais ce qui me plaît, c’est l’histoire de la course, son plateau très relevé avec les meilleurs mondiaux et aussi la grande famille de Sierre-Zinal. Ricardo Mejia me faisait rêver, l’égaler serait indescriptible», nous a-t-il confié vendredi à Zinal

Très attendu par le public, c’est moins sa performance que sa seule présence sur les terres anniviardes qui constitue à chaque fois un événement.Ils seront là, nombreux, pour avoir la chance d’observer le passage fulgurant d’un oiseau rare. Sa rareté, il l’a encore affirmée ce printemps et peut-être plus que jamais en atteignant deux fois le sommet de l’Everest en une semaine, sans oxygène, sans corde fixe et sans assistance, repoussant plus que jamais les limites humaines.

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«C’est peut-être une évolution de la manière de grimper en Himalaya même si, au fond, ce n’est pas si différent de l’esprit des pionniers. Avec une bonne acclimatation et en grimpant léger, accumuler les sommets devient possible. Mais avant d’y aller, je ne savais pas si j’étais capable d’y monter», sourit-il, évoquant son retour «plutôt facile» à la course à pied, douze jours seulement après avoir atteint le toit du monde.

Vers moins de prise de risques

Insaisissable, cet exploit l’est à lui seul, mettant un point final à une quête de records sur les sommets les plus emblématiques du monde. Le Mont-Blanc, le Cervin, le Denali, l’Aconcagua… et maintenant l’Everest. Et maintenant, la peur du vide? «Oh non, au contraire, je déborde de nouvelles idées, notamment en Himalaya. Je pense que, comme dans les Alpes, on peut envisager des enchaînements de sommets là-bas.» Le genre d’enchaînements que projetait un certain Ueli Steck, décédé ce printemps sur les pentes himalayennes.

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Kilian Jornet ne l’a jamais caché, le Bernois était pour lui une source d’inspiration et un ami. «J’étais dans l’Himalaya avec ma copine au moment de l’accident (ndlr:la coureuse suédoise Emelie Forsberg). Et même si on sait que la mort n’est jamais loin, cette fois elle s’était approchée de plus près. J’ai regardé autour de moi, ma copine, et je me suis dit, tout ça peut s’arrêter demain.» A l’Everest, il admet donc avoir refusé une trop grande prise de risques. «On voulait ouvrir une nouvelle voie dans la face nord mais les conditions n’étaient pas idéales. Je n’ai pas insisté. Sans ce drame, je pense pourtant que j’y serais allé.»

Chasseur de records

Insaisissable, il l’est donc par sa foulée d’abord, par ses capacités physiques. Outre ses records en montagne, il a tout remporté en trail comme en ski-alpinisme. Il a fait exploser tous les records, en particulier sur des courses de très longue distance, les ultra-trails. Dernière performance en date, une victoire sur la Hardrock 100, une course de 170 kilomètres parmi les plus difficiles du monde dans le Colorado. Il l’a remportée, bras en écharpe, après s’être démis l’épaule au trentième kilomètre. «Ça fait mal quand ça sort mais une fois remise, ça allait. Je n’étais pas en danger et ça ne m’empêchait pas de courir. Bref, c’était juste une connerie.» Désarmant.

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Sur Sierre - Zinal, un format plus court, le record est l’un des rares qui lui résistent encore. Détenu par le Néo-Zélandais Jonathan Wyatt depuis 2003 (2 h 29’12), le chrono a résisté aux assauts. «J’y pense, c’est certain. Mais pour y parvenir, il faudrait vraiment s’entraîner au plat mais à chaque fois que j’essaie de me motiver à le faire, je ne peux pas m’empêcher de regarder en haut vers les montagnes.»

Source d’inspiration

Insaisissables, ces qualités hors norme lui ont valu le surnom «d’ultra-terrestre». Un nom qu’il n’affectionne d’ailleurs pas trop. On voit en effet assez mal en quoi ce gosse qui a grandi dans le refuge de ses parents à 2000 mètres d’altitude en passant son temps à explorer les sentiers pyrénéens à l’ombre des pins à crochets ne serait pas d’abord un amoureux de la terre. Source d’inspiration pour des millions de coureurs, il admet s’en nourrir aussi. «Toutes les histoires de vie sont enrichissantes, et j’aime les partager avec les élites comme avec les populaires.»

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Evidemment compétiteur, il joue la gagne. Il sera d’ailleurs de retour fin août à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, la Mecque dans le genre, six ans après sa dernière victoire. «Les meilleurs mondiaux y seront et tous peuvent gagner. En temps normal, une ou deux personnes seulement au départ le peuvent. Je me réjouis de m’y frotter.» A 30 ans, son approche de la compétition a néanmoins changé. «J’ai beaucoup relativisé ces dernières années. Je reste un compétiteur, mais j’aborde les courses de manière plus détendue, presque comme un entraînement. Si tu fais une erreur sur une course, au pire tu perds. En montagne, au mieux, tu survis.»

Un équilibre à trouver

Insaisissable à l’intérieur, l’homme est comme une de ses arêtes d’altitude qu’il aime parcourir quand le soleil rase l’horizon à l’est. Une face exposée, lumineuse sur laquelle Kilian Jornet s’amuse à danser, à rendre l’impossible désespérément facile. Et l’autre, dans l’ombre. Là où les pentes sont désertes et où seul le plaisir de la montagne, dans son approche la plus pure, compte vraiment. Le Catalan est à l’image de ce paradoxe et se revendique «introverti», voire carrément «asocial».

Véritable machine à communiquer avec plusieurs millions d’abonnés pour suivre ses exploits et poule aux œufs d’or pour les sponsors, il a pourtant quitté Chamonix et sa foule devenue trop bruyante pour le cœur de la Norvège. «Il y avait un moment où c’était trop. J’étais angoissé à l’idée de participer à une compétition. Maintenant, je le prends comme un plaisir, j’ai construit un équilibre. En Norvège, en décembre passé, je faisais deux entraînements par jour et je n’ai croisé, en tout et pour tout, que trois personnes.» Là-bas, isolé de tout, avec «quelques belles montagnes» à parcourir, Kilian Jornet se joue de tous les contrastes en dansant sur les sommets au soleil de minuit, insaisissable. 


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