21.03.2017, 00:01  

Adoptées par leur terre d’accueil

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Indienne d’origine, Lakshmi Carron vit à Fully depuis 2000. Elle n’a jamais regretté d’oser quitter les siens pour venir en Europe.
Par christine savioz

En cette semaine contre le racisme, deux femmes immigrées racontent leur intégration en Valais.

Dans son village de Fully, Lakshmi Carron rayonne. Cette Indienne, qui a accepté de témoigner de son parcours en cette semaine contre le racisme, a rejoint le Valais il y a dix-sept ans pour suivre son futur mari fulliérain.

Elle avait 20 ans. «Je me réjouissais tellement de venir en Europe. J’en rêvais depuis mon enfance», raconte-t-elle. Et ses attentes n’ont pas été déçues. Même si ses premiers pas sur sa terre d’adoption se sont révélés surprenants. «J’ai eu un énorme choc en voyant si peu de gens dans les rues, si peu de bruit!»

Aujourd’hui, Lakshmi Carron s’est habituée à cette faible affluence, mais fait tout pour être entourée de monde en permanence. «Je ne pourrai pas rester seule à la maison, ça me rendrait triste», raconte cette maman de trois enfants de 14, 12 et 7 ans. «J’aime quand il y a de la vie autour de moi; il faut que ça bouge.» C’est sa facilité de contact qui a permis de réussir son intégration. «Quand on vient de l’étranger, c’est à nous d’aller vers les autres. Il ne faut pas attendre que l’on vienne vers nous», explique-t-elle.

Sa recette pour s’intégrer au mieux a fonctionné à la perfection. Dans le magasin de produits indiens qu’elle a ouvert au sein du village, les habitants du lieu se sont attachés à Lakshmi Carron. La Valaiso-Indienne vient d’ailleurs de rejoindre la commission d’intégration de Fully. «J’espère que je pourrai apporter quelque chose.»

A ses côtés, sa belle-sœur, de passage dans la boutique aux senteurs d’encens, opine du chef. «Tu ne te rends pas compte, mais je t’assure que tu fais beaucoup pour l’intégration.» Lakshmi Carron n’a d’ailleurs jamais subi de remarques racistes. Seul l’un de ses fils s’est fait traiter un jour de «tête de nègre» par des jeunes plus âgés que lui. «J’ai expliqué à ces ados que si nous nous coupions, nous aurions tous la même couleur de sang. Ils ont compris.»

La force de la trentenaire est sans aucun doute sa grande envie de communiquer. Du coup, elle a appris le français en quelques mois, langue dont elle ne parlait pas un mot avant son arrivée en Valais. «Comme j’aime trop blaguer, j’ai étudié rapidement», sourit-elle. Au début, la jeune femme se débrouillait en anglais avec son mari et sa belle-famille «Et un jour, ils ont décidé de ne parler qu’en français.» Lakshmi Carron s’y met alors avec intensité. Elle suit des cours auprès des intervenantes de l’association Lire et écrire. «J’y vais toujours, car, ça va bien pour parler, mais je ne suis pas encore au point pour l’écriture.»

Lakshmi Carron ne peut aujourd’hui imaginer son existence ailleurs qu’à Fully. «La vie ici me plaît beaucoup. Je m’y sens bien.» Il faut dire qu’entre le Valais et elle, c’est une histoire d’amour qui a commencé à ses 12 ans déjà. Le frère de son futur mari avait passé des vacances dans son village indien avec son épouse. «Je lavais le linge des touristes; je les ai connus comme cela», raconte Lakshmi Carron. La sœur de son mari, venue elle aussi en Inde, est ensuite tombée amoureuse d’un garçon du village. «Elle s’est mariée là quand j’avais 18 ans; c’est là que j’ai connu mon futur mari Fabrice.»

Entre l’Indienne et le Valaisan, c’est le coup de foudre. Pendant deux ans, Fabrice Carron envoie des lettres d’amour à sa bien-aimée restée au pays. «Je ne pouvais pas lui répondre, parce que je ne savais pas écrire en anglais. Mais il a continué à m’écrire, sans se décourager.»

Le Fulliérain lui envoie également des photos de chalets et de paysages valaisans. Jusqu’au jour où il vient chercher sa promise avec sa mère. «La sortie du pays n’a pas été simple: pour les Indiens, c’est une trahison de partir. D’ailleurs, mon frère continue à être fâché. Il ne veut toujours pas me parler, dix-sept après», confie, triste, Lakshmi Carron.

Mais la trentenaire retrouve le sourire en accueillant une nouvelle cliente de son magasin. «Je n’ai jamais regretté de venir ici. Au contraire. J’ai une belle vie.»

«Au début, on me posait d’étranges questions»

Aujourd’hui, Lakshmi Carron s’est habituée à cette faible affluence, mais fait tout pour être entourée de monde en permanence. «Je ne pourrai pas rester seule à la maison, ça me rendrait triste», raconte cette maman de trois enfants de 14, 12 et 7 ans. «J’aime quand il y a de la vie autour de moi; il faut que ça bouge.» C’est sa facilité de contact qui a permis de réussir son intégration. «Quand on vient de l’étranger, c’est à nous d’aller vers les autres. Il ne faut pas attendre que l’on vienne vers nous», explique-t-elle.

Sa recette pour s’intégrer au mieux a fonctionné à la perfection. Dans le magasin de produits indiens qu’elle a ouvert au sein du village, les habitants du lieu se sont attachés à Lakshmi Carron. La Valaiso-Indienne vient d’ailleurs de rejoindre la commission d’intégration de Fully. «J’espère que je pourrai apporter quelque chose.»

A ses côtés, sa belle-sœur, de passage dans la boutique aux senteurs d’encens, opine du chef. «Tu ne te rends pas compte, mais je t’assure que tu fais beaucoup pour l’intégration.» Lakshmi Carron n’a d’ailleurs jamais subi de remarques racistes. Seul l’un de ses fils s’est fait traiter un jour de «tête de nègre» par des jeunes plus âgés que lui. «J’ai expliqué à ces ados que si nous nous coupions, nous aurions tous la même couleur de sang. Ils ont compris.»

La force de la trentenaire est sans aucun doute sa grande envie de communiquer. Du coup, elle a appris le français en quelques mois, langue dont elle ne parlait pas un mot avant son arrivée en Valais. «Comme j’aime trop blaguer, j’ai étudié rapidement», sourit-elle. Au début, la jeune femme se débrouillait en anglais avec son mari et sa belle-famille «Et un jour, ils ont décidé de ne parler qu’en français.» Lakshmi Carron s’y met alors avec intensité. Elle suit des cours auprès des intervenantes de l’association Lire et écrire. «J’y vais toujours, car, ça va bien pour parler, mais je ne suis pas encore au point pour l’écriture.»

Lakshmi Carron ne peut aujourd’hui imaginer son existence ailleurs qu’à Fully. «La vie ici me plaît beaucoup. Je m’y sens bien.» Il faut dire qu’entre le Valais et elle, c’est une histoire d’amour qui a commencé à ses 12 ans déjà. Le frère de son futur mari avait passé des vacances dans son village indien avec son épouse. «Je lavais le linge des touristes; je les ai connus comme cela», raconte Lakshmi Carron. La sœur de son mari, venue elle aussi en Inde, est ensuite tombée amoureuse d’un garçon du village. «Elle s’est mariée là quand j’avais 18 ans; c’est là que j’ai connu mon futur mari Fabrice.»

Entre l’Indienne et le Valaisan, c’est le coup de foudre. Pendant deux ans, Fabrice Carron envoie des lettres d’amour à sa bien-aimée restée au pays. «Je ne pouvais pas lui répondre, parce que je ne savais pas écrire en anglais. Mais il a continué à m’écrire, sans se décourager.»

Le Fulliérain lui envoie également des photos de chalets et de paysages valaisans. Jusqu’au jour où il vient chercher sa promise avec sa mère. «La sortie du pays n’a pas été simple: pour les Indiens, c’est une trahison de partir. D’ailleurs, mon frère continue à être fâché. Il ne veut toujours pas me parler, dix-sept après», confie, triste, Lakshmi Carron.

Mais la trentenaire retrouve le sourire en accueillant une nouvelle cliente de son magasin. «Je n’ai jamais regretté de venir ici. Au contraire. J’ai une belle vie.»

​Jeanne d'Arc Pellissier du Rwanda

Elle a fui le génocide du Rwanda pour rester en vie. C’était en 1994. Depuis lors, elle a rejoint la Suisse qu’elle n’a plus jamais quittée. Vingt-trois ans plus tard, Jeanne D’Arc Pellissier se sent bien à Granges. Mariée à un Valaisan, cette maman de deux enfants a le sentiment d’être chez elle dans les deux régions, en Suisse et en Afrique. «L’intégration pour moi, c’est se sentir bien dans sa peau là où l’on est, avoir un certain équilibre et trouver des gens avec qui partager les mêmes valeurs sans se forcer. Cela n’a rien à voir avec le fait de manger la nourriture de l’endroit par exemple», confie-t-elle.

Tout n’a cependant pas coulé de source pour Jeanne D’Arc Pellissier. Au début, elle a dû faire face à des «étranges questions». Particulièrement de la part des personnes âgées – dont elle s’occupait comme soignante – et des enfants. «On me demandait ce que je pensais des maisons d’ici ou si cela me paraissait étrange de m’habiller. Les gens imaginaient sans doute que nous vivions dans la brousse et que nous n’avions pas de vêtements.»

La jeune femme essayait alors de répondre sereinement. «Je leur expliquais nos manières de vivre. Ces gens imaginaient des choses fausses car ils ne connaissaient pas l’Afrique, si ce n’est à travers les médias montrant souvent une Afrique très pauvre.» Au début, Jeanne D’Arc Pellissier avait ainsi l’impression d’être dans la peau d’une extraterrestre. C’est en évoluant au sein de ses collègues qu’elle a retrouvé confiance en elle et s’est sentie acceptée. Aujourd’hui, elle ne voit plus les regards étranges posés sur elle ou n’entend plus les remarques racistes. «Quand je suis arrivée en Valais, il y avait très peu d’Africains. Désormais, c’est beaucoup plus multiculturel.» Pour elle aussi, son entrée en terre valaisanne a été un choc culturel. Ainsi est-elle toujours mal à l’aise quand une personne qu’elle connaît à peine lui parle de sa vie privée. «Si une dame me raconte ses soucis avec son mari alors que je viens de faire sa connaissance, cela me paraît toujours bizarre. Je ne partage cela qu’avec mes amis très proches.»

Au fil des ans, Jeanne D’Arc Pellissier a peu à peu tracé son chemin du bonheur. Pendant le génocide au Rwanda, elle se demandait comment elle allait retrouver la joie. «Je voulais tellement pouvoir sourire une fois.» Aujourd’hui, elle «rayonne», comme elle le dit. «Tout est possible, mais il faut travailler pour. Il ne faut surtout pas attendre sans rien faire.» C’est cette philosophie qu’elle a appliquée en Valais. Ainsi, peu de temps après son arrivée, elle a même proposé de suivre une formation à l’école de commerce de Sierre, sans attendre son permis. «Je leur ai dit que je pouvais être auditrice. Je voulais travailler, me former.»

Aujourd’hui, elle est soignante et vit dans un équilibre personnel et professionnel. Jeanne D’Arc Pellissier ne sait pas de quoi demain sera fait. Elle ne se projette pas. «Quand on a subi un génocide, on a compris que tout peut changer d’une seconde à l’autre. Impossible de savoir ce que la vie nous réserve. Pour l’instant, je suis là et je suis bien.» CSA


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