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Ces étiquettes qui collent fort

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Ces étiquettes qui collent fort

 11.08.2017, 23:28   Ces étiquettes qui collent fort

Par Philippe Boeglin

Les trois candidats au Conseil fédéral, Ignazio Cassis, Pierre Maudet et Isabelle Moret, on t des liens d’intérêts ou des parcours plus ou moins gênants.

C’est le dernier virage précédant l’ultime ligne droite, et il n’est pas aisé à négocier. Le délai pour le dépôt des candidatures ayant échu hier, les trois champions du PLR briguant la succession de Didier Burkhalter au Conseil fédéral entrent dans une phase de mise à nu. Un thème prédomine: les liens d’intérêts. Que ce soit Ignazio Cassis, Pierre...

C’est le dernier virage précédant l’ultime ligne droite, et il n’est pas aisé à négocier. Le délai pour le dépôt des candidatures ayant échu hier, les trois champions du PLR briguant la succession de Didier Burkhalter au Conseil fédéral entrent dans une phase de mise à nu. Un thème prédomine: les liens d’intérêts. Que ce soit Ignazio Cassis, Pierre Maudet ou Isabelle Moret, tous ont déjà dû justifier leur parcours ou donner des gages d’indépendance.

Le «boulet» attaché par certains à la cheville du Tessinois a été le premier à faire couler de l’encre. Dans le viseur, sa présidence de Curafutura, grande organisation faîtière des caisses-maladie.

Un mandat bien évidemment légal, mais qui fait grincer des dents, surtout à gauche. «Ce lien d’intérêts est le plus gênant parmi ceux des trois candidats. Il influe sur le fonctionnement politique d’Ignazio Cassis depuis des années, lui qui est président de la commission de la Santé publique au National», critique Pierre-Alain Fridez, conseiller national (PS, JU).

Cet avis ne recueille aucune approbation à droite de l’échiquier politique. «C’est justement ce qui fait la Suisse! Tout le monde a des liens, la gauche avec les syndicats, et la droite avec l’économie», tranche Raymond Clottu (NE), indépendant siégeant avec l’UDC au Conseil national.

Pour se défendre, Ignazio Cassis s’est empressé de promettre qu’il ne ciblait pas le Département fédéral de l’intérieur, incluant la Santé. Avant d’abandonner provisoirement, jusqu’à l’élection au Conseil fédéral du 20 septembre, sa présidence de Curafutura – tout en continuant à encaisser son salaire de... 180 000 francs annuels.

Pierre Maudet n’a pas les mêmes «soucis». Le Genevois siège dans des exécutifs depuis dix ans – à la Ville de Genève d’abord, puis au Conseil d’Etat depuis 2012. Sa fiche n’exhibe donc aucun mandat en faveur d’un quelconque groupe d’intérêts ou branche économique.

C’est son identité qui fait jaser une partie du Parlement. Le ministre cantonal détient deux passeports, le suisse et le français. Ce qui, en soi, n’écorne pas son éligibilité. En effet, cette dernière n’est conditionnée, selon les articles 136, 143 et 175 de la Constitution fédérale, qu’à la nationalité suisse. Sans exclure les autres.

Cela ne suffit pas à calmer la droite souverainiste. «Je suis choqué. Soit on est d’un pays, soit d’un autre. On ne peut pas avancer au gré du vent, sans savoir ce que l’on veut», s’emporte Raymond Clottu. Réagissant aux attaques, Pierre Maudet a promis de remettre sa nationalité française le temps d’un éventuel passage au Conseil fédéral. «Trop tard!», tonne le conseiller national Clottu.

La démarche du Genevois déplaît également au PDC, mais pour des raisons diamétralement opposées. «Il est ridicule de considérer sa binationalité comme problématique. Du coup, son attitude s’apparente à de la faiblesse», décoche le vice-président Yannick Buttet.

Certes, mais, dans l’hypothèse où Pierre Maudet reprenait les Affaires étrangères, laissées libres par Didier Burkhalter, ne serait-il pas enclin à davantage (trop?) de compréhension à l’égard de la France, voire de l’Union européenne? «Je suis convaincu qu’il ferait parfaitement la part des choses. Tout comme Ignazio Cassis ou Isabelle Moret d’ailleurs», conclut le Valaisan.

Et Isabelle Moret? La conseillère nationale vaudoise s’engage, comme son coéquipier Cassis, dans la santé. Pas pour les assurances maladie, mais pour les hôpitaux et cliniques, publics et privés. Présidente de la faîtière H+, rémunérée 44 000 francs par an, elle reste peu attaquée. Pourtant, les hôpitaux ne défendent-ils pas leurs intérêts, entre autres financiers, comme les caisses-maladie? «Je ne suis pas ‘fan’, mais cela me dérange moins», commente le socialiste Pierre-Alain Fridez.

Hormis ce mandat, Isabelle Moret attire peu l’attention sur le front des liens d’intérêts. Ou plutôt attirait peu. La situation a un peu changé depuis l’émission «Forum» de lundi dernier, sur la radio RTS. La Vaudoise a alors vivement nié connaître le Cercle de travail sécurité et techniques de défense, qui défend l’industrie d’armement. Bien qu’elle n’ait touché aucun denier et pris part à aucune manifestation, elle s’était clairement inscrite comme membre, confirme le groupe.

Un fait que la candidate au Conseil fédéral a finalement reconnu, tout en assurant ne pas avoir réalisé qu’elle adhérait au cercle. L’explication ne convainc pas tout le monde sous la Coupole.


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