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Coup de jeune attendu à Vienne

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 12.10.2017, 23:42   Coup de jeune attendu à Vienne

Par propos recueillis par pascal baeriswyl

AUTRICHE Qui l’emportera aux législatives anticipées de dimanche? Un nom est sur toutes les lèvres: celui de Sebastian Kurz, leader du parti conservateur depuis mai, grand favori du scrutin.

«Le talent suppose du calcul et du travail», écrivait Amiel. Tel est un peu le profil de Sebastian Kurz, depuis qu’il a pris le pouvoir du vieux Parti conservateur autrichien (ÖVP), en mai dernier. Alors que les populistes de Heinz-Christian Strache (FPÖ) caracolaient en tête – après le score historique de son candidat Norbert Hofer à la présidentielle de...

«Le talent suppose du calcul et du travail», écrivait Amiel. Tel est un peu le profil de Sebastian Kurz, depuis qu’il a pris le pouvoir du vieux Parti conservateur autrichien (ÖVP), en mai dernier. Alors que les populistes de Heinz-Christian Strache (FPÖ) caracolaient en tête – après le score historique de son candidat Norbert Hofer à la présidentielle de décembre 2016 –, l’arrivée de l’ambitieux leader a fait prendre d’un coup une dizaine de points à son parti! Des conservateurs donnés à environ 33% des intentions de vote, contre 26% pour le FPÖ et 24% pour le SPÖ (les sociaux-démocrates).

Incertaine, la configuration de la prochaine coalition, aujourd’hui partagée entre l’ÖVP et les sociaux-démocrates du chancelier Christian Kern, reste l’enjeu majeur du scrutin anticipé. L’analyse de Jacques Le Rider, historien, spécialiste de l’Autriche et ancien directeur de l’Institut français de Vienne.

A 31 ans, Sebastian Kurz, ministre des affaires étrangères, est aux portes de la chancellerie. Comment expliquer une telle précocité?

C’est assez comparable à ce qui s’est passé en France avec Emmanuel Macron. Les partis politiques sont épuisés, vidés, complètement discrédités. Le vieux personnel politique est hors d’usage et donc de nouveaux golden boys de la politique font des percées incroyables.

Néanmoins, qu’est-ce qui distingue nettement les deux cas?

Kurz est un apparatchik du parti conservateur, où il a progressé très vite, alors que Macron était un électron libre. D’autre part, différence plus inquiétante, Kurz fait un peu penser à ce que fut Jörg Haider (ndlr: dirigeant du FPÖ de 1986 à 2005) à ses débuts, même s’il serait erroné de les comparer. Sa jeunesse n’est pas vraiment nouvelle en Autriche. Il représente ce qu’on appellerait aux Etats-Unis un neo-con (néo-conservateur).

Comment Kurz a-t-il réussi à pareillement booster son parti en quelques mois?

D’abord, il a définitivement ringardisé les cadres du parti qui avaient «coulé» l’ÖVP lors de l’élection présidentielle de fin 2016. Il a redonné du punch aux troupes. Autre phénomène, il incarne une «droite dure et décomplexée», selon l’expression utilisée en France.

Sur le terrain économique, il est le chantre du libéralisme; sur la question migratoire, il a adopté des positions très dures. Mais attention: Sebastian Kurz veille toujours à rester en deçà de la ligne rouge qui délimite le politiquement correct. Sur ces questions, il est une sorte de Strache sans le boulet que représente l’histoire du FPÖ.

Le chancelier actuel, Christian Kern, a lui aussi tenté de jouer le renouvellement…

Oui, il a commencé par être un grand rénovateur, capable de rajeunir et dynamiser la social-démocratie, mais voilà... Son parti vient d’être rattrapé par une affreuse affaire de corruption (ndlr: affaire Wildenstein, mêlant sexe, trahison et fraude fiscale). Un scandale qui est un gros problème pour le SPÖ dans son ensemble, d’autant plus face à un FPÖ qui a toujours fait de l’anticorruption l’un de ses chevaux de bataille.

La fusée Kurz a été conçue, dit-on, comme un rempart destiné à barrer la route de la chancellerie à Strache: une stratégie gagnante?

En Autriche comme un peu partout en Europe, l’époque est marquée par la montée en puissance de ces populistes xénophobes, anti-européens et adeptes d’un chauvinisme régional. Un peu partout, on s’aperçoit que les différences entre droite et gauche sont beaucoup plus réduites qu’on l’imaginait. Le vrai clivage, aujourd’hui, c’est entre les partis démocratiques républicains et ces mouvements d’extrême droite anti-européens, implicitement néo-nationalistes. Dans cette réflexion visant à savoir pour qui voter afin de barrer la route à l’extrême droite, l’électorat autrichien a tendance effectivement à donner la prime au favori, en l’occurrence à Sebastian Kurz.

Paradoxalement, s’il entre à la chancellerie, Sebastian Kurz va peut-être former une coalition avec le FPÖ, puisque la traditionnelle alliance avec le SPÖ semble défunte?

C’est la grande perversité du jeu politique autrichien. Au niveau national, les deux grands partis de gouvernement (socialistes et conservateurs) professent leur conviction anti-FPÖ, mais au niveau régional, ils multiplient les coalitions avec l’extrême droite.

Cette évolution a permis une diffusion massive du patrimoine idéologique du FPÖ dans toute la culture politique autrichienne. Il y a là une monumentale hypocrisie qui peut ouvrir la voie à une «petite coalition» avec le FPÖ à Vienne.

Depuis douze ans, Heinz-Christian Strache dirige le FPÖ: la «dédiabolisation» de ce parti est-elle finalement achevée?

Avec la mort de Jörg Haider et le départ des anciens du FPÖ, l’opération est déjà largement réalisée. Néanmoins, des résistances dans l’opinion existent toujours.

Comme les différences de fond entre les principaux partis ont presque disparu sur toutes les grandes questions (économie, migration, etc.), il ne subsiste que l’idée selon laquelle le FPÖ est un parti «abominable par nature», du fait de son passé aux relents nazis.

Des divisions géopolitiques

Sur le plan régional – si l’on en croit les résultats de la présidentielle de fin 2016 – l’ouest de l’Autriche (Tyrol, Vorarlberg) semble mieux résister au populisme, à l’image de son vote en faveur du candidat vert (Alexander Van der Bellen). Cette division géopolitique du pays est-elle avérée? « Les différences régionales sont bien réelles», rappelle Jacques Le Rider. «La partie est du pays a un autre vécu historique. Elle vit de très près les problèmes de pays comme la Hongrie ou la Slovaquie. Tandis qu’à l’ouest, on est intégré à la sphère allemande et l’on vit près de la Suisse, avec une tout autre culture géopolitique.»

Petit bémol, ajoute l’historien, concernant Alexander Van der Bellen, l’homme qui a stoppé le populiste Norbert Hofer: «Il a malheureusement un peu déçu depuis son élection, apparaissant modéré et discret jusqu’à l’effacement en tant que président de la République autrichienne.»


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