13.10.2017, 05:30  

A Mase, Manuella Maury tisse un nid pour les mots

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Les physalis sont
devenus l’emblème
du festival imaginé
par Manuella Maury.
Leur enveloppe, une
fois séchée, évoque
des petits filets
à la trame serrée,
délicats mais solides.
Un peu comme
les mots qu’on
couche sur papier.

 12.10.2017, 17:09   A Mase, Manuella Maury tisse un nid pour les mots

Festival La journaliste, revenue s’installer dans son village d’enfance, s’apprête à y voir naître son festival rêvé, dédié aux «Lettres de soie». A savourer du 20 au 22 octobre prochains.

«Lettres de soie». Correspondances encrées dans la plus belle des étoffes, trame du tissu qui nous lie par les mots. Mais aussi lettres de soi à soi, de soi à l’autre, de soi à chacun… Des mots couchés sur papier, à la main, dans ce geste fluide où coulent sans entrave la pensée, l’émotion, la douleur ou la...

«Lettres de soie». Correspondances encrées dans la plus belle des étoffes, trame du tissu qui nous lie par les mots. Mais aussi lettres de soi à soi, de soi à l’autre, de soi à chacun… Des mots couchés sur papier, à la main, dans ce geste fluide où coulent sans entrave la pensée, l’émotion, la douleur ou la joie. 

Ce festival qui prendra vie à Mase du 20 au 22 octobre prochains, Manuella Maury l’a voulu aussi simple et direct que ces petits messages quotidiens griffonnés pour l’autre, aussi élégant que la plus belle des confessions amoureuses, aussi intime aussi que ces lettres qu’on échange avec ceux qu’on aime. 

>>A lire aussi: Manuella Maury pose ses valises et des enveloppes dans son village de Mase

Lettres vivantes

Dans le village douché de lumière par l’été indien, les rues et les mazots bruissent par avance du son du papier qui chante sous les stylos et les crayons. Manuella Maury passe d’un lieu à l’autre, veille à tout et tâche de garder sous contrôle cette drôle de créature à naître que sera son festival.

«Ce sera très vivant, je l’espère. Pas du tout nostalgique ou muséal», explique-t-elle. Hors de question que les correspondances mises en lumière restent lettre morte. «A ma surprise, ça a pris une dimension assez folle. Le village se mobilise. Partout, il y aura de petits lieux où tout le monde pourra écrire, aidé par des écrivains publics, assister à des lectures...» Et surtout prendre le temps de savourer les mots dans une approche totalement horizontale. 

Car ici, même si des figures du monde littéraire et universitaire comme Doris Jakubec ou Suzanne Crettex viendront s’immiscer dans la correspondance de Maurice Zermatten et Charles Ferdinand Ramuz, même si des personnalités de la trempe de Pascal Couchepin ou Roland Vouilloz amèneront leur densité à l’événement, ces «Lettres de soie» s’adresseront à tous, petits, grands, d’ici, d’ailleurs.

«On pourra lire des lettres écrites dans toutes les langues par des migrants pour leur famille au pays, chacun pourra déposer son mot à destination des générations futures dans une boîte aux lettres conçue par une artiste du village. Ce «courrier» sera relevé régulièrement, stocké dans une grange et l’idée est d’avoir un artiste en résidence qui puisse venir travailler cette matière.» Et Mase de se transformer au fil des idées et du temps en véritable nid pour les mots de tous, qui seront dès cet automne bien au chaud.

Le retour à soi

D’ailleurs, le choix de la saison n’est pas anodin. L’automne, le retour à soi, à l’intime, au foyer... L’ambiance est propice à l’exercice de l’écriture. «C’est vrai que l’énergie est tout autre, par rapport à l’extraversion de l’été...» 

L’intériorité, les questions essentielles, auront été à l’origine de l’idée de ce festival. Pour Manuella Maury, la disparition de son père, leur correspondance échangée il y a une dizaine d’années, publiée dans «Le Temps» puis éditée en format livre, tout cela aura été crucial dans la genèse du projet. Pour aller dans un élan collectif vers la lumière et la poésie. «C’est de ça qu’il s’agit, finalement. Amener de la poésie. Sans nostalgie aucune.»

Car Manuella Maury réfute toute connotation passéiste dans sa démarche. «Je suis persuadée que les gens ont toujours énormément de plaisir à recevoir des lettres, des cartes postales, à en écrire... et je n’ai absolument rien contre les outils de communication actuels, même si j’y vois moins de poésie que dans la correspondance manuscrite.»

De la même façon qu’elle-même est revenue s’installer dans le village de son enfance cet été, le festival de Manuella Maury s’inscrit dans un courant de retour aux racines, au local et à l’authentique qui ne cesse de gagner en ampleur. Et témoigne du fait que l’on peut tout autant vivre au présent et embrasser la modernité que cultiver symboliquement la terre d’où l’on vient et conserver un lien fort avec le passé. Un lien de soie, un lien pour soi, pour l’autre et pour chacun. 


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